Peter Dinges, directeur général du FFA (le CNC allemand), a présenté le 16 septembre 2008 à Amsterdam le modèle sur lequel l’Etat et les professionnels du cinéma allemands, notamment le HDF Kino qui est l’équivalent de la fédération des cinémas, travaillent pour financer le déploiement du cinéma numérique dans les salles.
Peter Dinges a d’abord rappelé les raisons pour lesquelles le FFA est impliqué dans ce travail. En Allemagne, la politique culturelle relève en grande partie des Régions (les 16 Länder). Pourtant les professionnels du cinéma ont sollicité l’Etat sur la question du passage des salles au numérique car ils considèrent que cette transition impose une coordination nationale tant en ce qui concerne son financement que le calendrier de son déploiement, la période de transition devant être la plus courte possible.
Le FFA a d’abord demandé au Fraunhofer institut d’élaborer des recommandations techniques pour le d-cinema en Allemagne. Celles-ci ont été publiées en avril 2007. La réflexion sur le financement, qui a été menée parallèlement, a débouché sur le « modèle 100 » dont voici les grandes lignes :
Ce modèle concerne 3 700 des quelque 4 800 salles de cinéma allemandes. La volonté de départ était bien d’instaurer un plan de financement englobant le plus grand nombre d’établissements possible mais l’Etat et les professionnels du cinéma ont dû exclure un nombre non négligeable de salles trop atypiques pour s’intégrer dans une solution globale : il s’agit en grande majorité d’écrans réalisant un nombre de séances très réduit pour lesquels une autre solution de financement devra être trouvée.
Le modèle 100 part d’une hypothèse de coût d’équipement par écran de 60 000 euros (50 000 euros pour le projecteur et le serveur ; 10 000 euros pour les équipements complémentaires) soit 211 millions d’euros pour les 3 700 salles allemandes.
Le financement de cet investissement repose sur trois sources :
la part de financement apportée par les distributeurs est calculée sur le nombre de copies 35mm tirées actuellement par les distributeurs (57 000 copies éditées en 2007). La contribution des distributeurs, fixée à 350 euros par copie, rapporterait près de 100 millions d’euros en 5 ans.
Ce principe de calcul de la contribution des distributeurs, qui dépend du nombre de copies tirées en première semaine, offre a priori deux avantages :
. il évacue le problème de la circulation des copies et ne pénalise donc pas les films qui font l’objet d’une exploitation en profondeur durant plusieurs semaines. Dans le cas des frais de copies virtuelles, les distributeurs de ce type de films sont en effet pénalisés puisqu’ils sont contraints de payer une contribution supplémentaire au financement de l’équipement des salles à chaque fois que leur film est projeté dans un nouvel établissement.
. pendant les cinq années qui suivent le début du passage au numérique, ce principe incite théoriquement les distributeurs à modérer la taille de leurs plans de sortie : ceux qui seront tentés d’élargir considérablement leurs plans de distribution en première semaine devront payer une contribution annuelle sensiblement plus élevée que celle qu’ils auraient théoriquement versée en 2007.
Les contributions des distributeurs allemands sont reversées aux salles par l’intermédiaire d’une entité créée spécifiquement pour gérer le mécanisme de financement. Le statut de cet organisme reste à définir.
les exploitants doivent payer à cette entité une contribution forfaitaire de 100 euros par mois pendant 8 ans, soit 35 millions d’euros au total.
En plus de ces 100 euros affectés au remboursement des coûts d’équipement, les exploitants sont appelés à payer chaque mois 275 euros pour couvrir les frais de maintenance des équipements de projection.
Les exploitants des 3 700 salles consacreraient donc au total 375 euros par mois et par écran pendant huit ans au passage de leurs salles au numérique.
Le solde de 100 millions d’euros doit être apporté sous forme de subventions par les 16 Länder (60 millions d’euros), le FFA (à hauteur de 20 millions d’euros) et l’Europe (20 millions d’euros).
Les discussions sur ce modèle se poursuivent : au cours d’une réunion rassemblant toutes les parties prenantes au mois de juin 2008, les professionnels du cinéma allemands se sont déclarés globalement favorables à cette solution mais les contributions des institutions doivent faire l’objet de négociations complémentaires.
Si ce modèle se concrétise, de nouvelles discussions entre les professionnels et les institutions sont déjà envisagées à long terme pour définir les modalités de financement du renouvellement des équipements d-cinema.
Peter Dinges a conclu sa présentation en jugeant une concertation souhaitable à l’échelle européenne : tous les pays qui mènent actuellement une réflexion sur le financement du passage de leurs salles au numérique se trouvent inévitablement confrontés à des problématiques similaires. |